Pourquoi l’Islande n’a pas d’armée : histoire et contexte

Écusson du drapeau islandais sur la manche d’un uniforme militaire camouflé.

blog author By Johanna Georgsdóttir shield verificationVerified Expert

    Étrange, n’est-ce pas ? Un pays perché dans l’Atlantique Nord avec zéro soldat, zéro char, rien. La décision n’était pas aléatoire. Elle est née de l’histoire, de la politique et d’une culture qui préfère la communauté au combat. Ce n’est pas seulement une politique de défense. C’est l’Islande qui choisit sa propre forme de puissance.

    Pourquoi l’Islande n’a pas d’armée

    L’Islande n’a pas d’armée permanente. Depuis qu’elle a rejoint l’OTAN en 1949 et signé un pacte de défense avec les États-Unis en 1951, elle s’appuie sur ses alliés pour la défense extérieure. Sur le territoire, la garde-côtes islandaise et la police nationale (y compris l’unité d’élite Viking Squad) s’occupent de la sécurité maritime, de la surveillance aérienne et de la lutte antiterroriste. Et au lieu de gérer sa propre force aérienne, l’Islande accueille des missions tournantes de police du ciel de l’OTAN depuis Keflavík.

    Drapeaux du siège de l’OTAN flottant, y compris le drapeau de l’Islande.

    Foire aux questions

    L’Islande est-elle dans l’OTAN ?

    Oui. Membre fondateur depuis 1949.

    L’Islande a-t-elle une armée ?

    Non. Pas d’armée, d’armée de l’air ni de marine.

    Comment l’Islande est-elle défendue ?

    L’OTAN, l’accord de défense États-Unis–Islande de 1951, la garde-côtes et la police du ciel de l’OTAN.

    Forces spéciales islandaises ?

    Pas militaires. La Viking Squad est une unité de police tactique.

    Bâtiment du siège de la police nationale islandaise à Reykjavík.

    Pourquoi l’Islande n’a-t-elle pas d’armée ?

    Petite population et coûts, avec un modèle fondé sur les alliances en place depuis 1949 et 1951.

    Brève histoire de la politique de défense de l’Islande

    L’Islande s’est libérée du Danemark en 1944 et a laissé quelque chose de crucial hors de la liste des tâches : créer une armée. La réponse à pourquoi l’Islande n’a pas de forces armées commence ici. Avec un peu plus de 140 000 habitants à l’époque, lever une force de défense n’était ni pratique ni abordable.

    Au lieu de cela, la nouvelle république s’est appuyée sur la neutralité et des liens amicaux avec des nations plus fortes. Après la Seconde Guerre mondiale, les dirigeants islandais ont compris que la survie dépendrait moins des bataillons et davantage des accords. 

    Dès le début, son modèle de sécurité a été construit autour de la coopération à l’étranger plutôt que de la militarisation à domicile. Ce socle a façonné tout ce qui a suivi.

    Guerres de la morue : quand la garde-côtes a défendu les eaux islandaises

    Pendant les guerres de la morue de 1958–1976, la garde-côtes islandaise a fait respecter l’extension des limites de pêche de l’Islande en coupant les filets des chalutiers, en éperonnant si nécessaire et en tirant des coups de semonce, tandis que les chalutiers britanniques opéraient avec des escortes de la Royal Navy. Ces confrontations étaient intenses mais calibrées, centrées sur la protection de la souveraineté économique plutôt que sur la conduite de la guerre. En pratique, la garde-côtes a servi de défense maritime de facto de l’Islande, affirmant le contrôle sans marine ni armée.

    Navire de la garde-côtes et un sous-marin manœuvrant dans un fjord islandais en hiver.

    La position stratégique de l’Islande dans l’Atlantique Nord

    L’Islande paraît petite sur la carte, mais avec 103 000 kilomètres carrés (39 768 milles carrés), c’est une dalle de roche posée entre l’Amérique du Nord et l’Europe. Juste au-dessous du cercle polaire arctique, elle est devenue incontournable pendant la guerre froide. 

    L’OTAN l’a traitée comme une tour de guet, gardant le goulet Groenland–Islande–Royaume-Uni où les sous-marins soviétiques mettaient les nerfs de l’Occident à l’épreuve. L’Islande a-t-elle une armée si sa position est si précieuse ? Pas question. Le pays a offert sa géographie, pas des armes

    Quiconque détenait les cieux et les mers ici contrôlait le flux de marchandises et d’aéronefs à travers l’Atlantique. Aujourd’hui, la glace recule dans l’Arctique, la Russie montre ses muscles, la Chine cherche de l’influence, et l’Islande redevient la pièce que personne ne peut déplacer. 

    Adhésion à l’OTAN et accords internationaux de défense

    L’Islande est-elle dans l’OTAN ? Oui, bien qu’elle ait toujours été atypique. Lorsqu’elle a adhéré en 1949, elle est devenue le seul membre fondateur sans armée. La sécurité est venue par des garanties signées avec de plus grands alliés, au premier chef les États-Unis. 

    Plaques d’identification montrant les drapeaux des États-Unis et de l’Islande, symbolisant les liens de défense.

    En 1951, Washington a accepté de fournir une protection si l’Islande était menacée, un accord qui a ancré la présence américaine dans l’Atlantique Nord. La Norvège et le Danemark ont également assumé des responsabilités dans le cadre des arrangements de l’OTAN, assurant un soutien régional. 

    Les contributions propres de l’Islande se sont appuyées sur l’accueil d’installations alliées, l’apport de poids diplomatique et l’envoi de son unité de réponse aux crises dans des missions de maintien de la paix.

    Base juridique : OTAN 1949 et accord de défense États-Unis–Islande de 1951

    Le modèle sans armée de l’Islande repose sur deux instruments : l’adhésion à l’OTAN en 1949, qui engage le pays à la défense collective, et l’accord bilatéral de défense avec les États-Unis de 1951. Ensemble, ils formalisent la dépendance envers les alliés au lieu d’une armée nationale, fixent les conditions du soutien extérieur à la défense et de l’accès aux installations, et permettent des déploiements tournants à Keflavík.

    Comment fonctionne la défense aérienne sans armée de l’air (police du ciel de l’OTAN + réseau radar)

    L’Islande n’a pas d’armée de l’air. À la place, des détachements de chasse alliés se relaient à Keflavík pour assurer la police du ciel de l’OTAN, fournissant l’alerte de réaction rapide et des patrouilles de routine selon les besoins.

    Chasseurs de l’OTAN menant des missions de police du ciel au-dessus de l’Islande.

    Au sol, le système islandais de défense aérienne, composé de radars fixes et d’un centre national de contrôle et de compte rendu, est exploité localement et pleinement intégré au commandement et aux liaisons de données de l’OTAN.

    Le rôle de la garde-côtes islandaise

    Pensez à la garde-côtes comme à l’armée de l’Islande. Elle s’appuie fortement sur des navires, des hélicoptères et un équipage qui fait de tout, du sauvetage de marins en détresse à la poursuite de chalutiers illégaux. 

    Née en 1926 avec le navire Thor puis l’Óðinn armé de canons, la garde-côtes a toujours frappé au-dessus de sa catégorie. Elle contrôle une zone maritime à 200 milles nautiques, soit environ 370 kilomètres, où elle assure la recherche et le sauvetage, l’application de la loi et des tâches de défense pour l’OTAN. Le centre conjoint de coordination des sauvetages est en alerte 24 h/24, les hélicoptères effectuent 120 à 150 missions par an et le service hydrographique cartographie les fonds marins. 

    Neutralisation des engins explosifs ? Elle s’en charge aussi. Avec plus de 150 personnels, un nouveau siège à Reykjavík et de nouveaux moyens à l’horizon, l’ICG continue de monter en puissance. Sa devise résume tout : « Always Prepared ». Et en Islande, ce n’est pas un vain mot, puisque son temps moyen d’intervention est généralement d’environ 22 minutes. Plutôt impressionnant, si vous voulez notre avis.

    Navire patrouilleur de la garde-côtes islandaise avec des montagnes enneigées en arrière-plan.

    Présence militaire américaine et base aérienne de Keflavik

    Le récit des États-Unis en Islande commence et se termine à Keflavík. Les marines sont arrivés en 1941, ont remplacé les Britanniques et ont construit un terrain d’aviation qui, en 1951, s’est transformé en avant-poste de première ligne de l’OTAN. Pendant la guerre froide, des jets rugissaient de ses pistes et des chasseurs de sous-marins sillonnaient l’Atlantique Nord. 

    L’Islande et l’OTAN l’ont traitée comme une charnière entre les continents. Les habitants n’ont pas toujours applaudi. Il y a eu des manifestations, de la colère, des accusations de brader la souveraineté, mais la base est restée. Puis, en 2006, les Américains ont plié bagage, laissant des hangars vides et le silence. Ce silence n’a pas duré. 

    Des bombardiers russes, des tensions arctiques et de nouvelles rivalités ont redonné vie à Keflavík. Les hangars ont rouvert, des B-2 et F-15 s’y sont relayés, des P-8A de patrouille maritime ont scruté les mers, et les alliés ont continué à venir pour des exercices. Keflavík n’est plus la forteresse d’autrefois, mais elle compte toujours.

    Keflavík aujourd’hui : présence tournante, pas de base américaine permanente

    La présence militaire américaine permanente à Keflavík a pris fin en 2006. Les installations restent islandaises, soutenant le système de défense aérienne de l’Islande et accueillant des détachements alliés selon les besoins.

    Avion de l’US Air Force retiré du service exposé en plein air à Keflavík.

    Aujourd’hui, Keflavík sert de hub pour des rotations : QRA de chasse pour la police du ciel de l’OTAN, avions de patrouille maritime, et exercices ou entraînements conjoints. Le personnel arrive et repart lors de déploiements programmés plutôt que d’être stationné là en permanence.

    Comment l’Islande assure sa sécurité nationale sans armée

    L’Islande n’a pas d’armée traditionnelle, donc la sécurité est assemblée autrement. Les alliés de l’OTAN couvrent la défense lourde, mais la protection quotidienne repose sur des outils domestiques. L’unité de police tactique (Viking Squad), les forces spéciales islandaises, gère l’antiterrorisme, les affrontements armés et tout ce qui est trop sensible pour les patrouilles ordinaires. 

    La protection civile intervient lors des catastrophes naturelles, un risque permanent sur une île volcanique. À l’étranger, l’Islande arbore toujours son drapeau via des missions de maintien de la paix, en envoyant du personnel formé sans rôles de combat. 

    Cette approche patchwork est le substitut militaire islandais : des alliances à l’étranger, des spécialistes à domicile, et le refus de consacrer des ressources à des bataillons que le pays n’a jamais souhaités.

    Facteurs économiques et sociaux derrière l’absence d’armée

    L’Islande est sans armée parce que l’équation n’a jamais tenu. Avec moins de 400 000 habitants, mettre sur pied des bataillons siphonnerait la main-d’œuvre. La défense a longtemps reçu les miettes du budget, tandis que hôpitaux, écoles et routes captaient l’essentiel. Ce choix a façonné une identité nationale qui privilégie l’État-providence et la diplomatie aux uniformes. 

    Externaliser la défense à l’OTAN et aux États-Unis a permis au gouvernement d’investir à l’intérieur, bâtissant la stabilité par les services plutôt que par les soldats. Aujourd’hui, l’argent supplémentaire destiné à la sécurité va aux infrastructures et à la cybersécurité. L’armée que l’Islande n’a jamais construite est devenue les écoles et les hôpitaux qu’elle a réalisés.

    Voyageur regardant l’épave d’avion de Sólheimasandur sur une plage de sable noir.

    Opinion publique en Islande sur l’absence de forces armées

    Les sondages montrent exactement pourquoi l’Islande n’a pas d’armée. Environ 72 % des citoyens s’opposent à en créer une, 14 % seulement y étant favorables et le reste indécis. 

    Cette résistance n’est pas qu’une question politique. Elle reflète une identité nationale fondée sur la paix et la diplomatie, une tradition que les Islandais considèrent comme intangible. Même avec la montée des tensions dans l’Arctique et les appels de l’OTAN à davantage de dépenses, la plupart des gens rejettent l’idée de bataillons. 

    Débat intérieur : manifestations en 1949 et consensus actuel

    Lorsque le parlement islandais a voté l’adhésion à l’OTAN en 1949, des milliers de personnes ont manifesté à Reykjavík, voyant la décision comme une rupture avec la neutralité et un risque de militarisation. Les heurts devant l’Alþingi sont devenus un moment déterminant de la politique d’après-guerre du pays.

    Aujourd’hui, bien que les opinions sur l’OTAN et la présence américaine divergent encore, la plupart des Islandais s’opposent à la création d’une armée nationale. Les avantages pratiques du modèle d’alliances, le coût d’entretien d’une armée pour une petite population et des décennies sans forces armées ont produit un consensus large et durable contre sa formation.

    Rue piétonne peinte aux couleurs de l’arc-en-ciel dans le centre de Reykjavík avec des cafés en terrasse animés.

    Comparaisons avec d’autres pays sans armée permanente

    Le Costa Rica a supprimé son armée en 1949 et a réorienté les fonds vers les écoles et les hôpitaux. Le Liechtenstein a dissous ses forces en 1868, s’en remettant à la Suisse pour la protection. Monaco vit sous le parapluie militaire français tout en ne conservant qu’un petit corps de police. 

    Les Samoa dépendent de la Nouvelle-Zélande via un traité, et leur police assure la sécurité quotidienne. Le schéma est clair. Ces nations échangent chars et bataillons contre des alliances et un maintien de l’ordre intérieur. L’Islande se distingue par l’arrimage de sa sécurité à l’OTAN et aux États-Unis, tandis que sa garde-côtes et la Viking Squad remplissent les rôles qu’ailleurs assumeraient des soldats.

    Ce que les visiteurs doivent savoir sur la politique de défense de l’Islande

    Pourquoi l’Islande n’a-t-elle pas d’armée ? Parce qu’elle n’en a jamais eu besoin. Vous ne verrez ni chars ni troupes, seulement des navires de la garde-côtes et la police gérant la faible part de coercition nécessaire. Les touristes demandent souvent si cela rend l’île moins sûre. Ce n’est pas le cas. 

    Nous sommes une nation éprise de paix où la sécurité vient des alliances et d’une culture qui valorise la coopération plutôt que le combat. Ce que vous remarquerez à la place, c’est le silence d’une terre sans casernes ni bases. Venez l’éprouver vous-même. Louez une voiture en Islande, parcourez la Ring Road et découvrez une île qui a choisi la paix plutôt que les armées.

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